MARIANNE

Je ne suis pas une Marianne française, Je suis une Marianne du monde...

Il y a des œuvres qui ne se regardent pas. Elles se lisent.


Le 26 août 1789, en une semaine de débats intenses, l'Assemblée nationale constituante française vote article par article les dix-sept articles de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen inspirée de la Déclaration d'indépendance américaine de 1776 et de l'esprit des Lumières, ce texte fondateur proclame que les hommes naissent libres et égaux, que la loi est l'expression de la volonté générale, que la liberté de penser et de s'exprimer est sacrée. Ce n'est pas un texte français. C'est un texte universel et l'histoire le prouvera avec une rapidité foudroyante : dès 1794, des traductions clandestines de la Déclaration circulent à Bogotá, alimentant ce que les historiens appellent "la sourde rumeur d'un second Paris". À partir de 1810, en moins de deux décennies, la Colombie, le Venezuela, le Mexique, l'Équateur, la Bolivie et le Brésil vingt républiques nouvelles naissent toutes de la même flamme allumée à Paris. Les constitutions françaises de 1852, 1946 et 1958 s'appuient sur ce texte, tout comme la Convention européenne des droits de l'homme signée à Rome en 1950 et la Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée par les Nations Unies le 10 décembre 1948. Les idées voyagent plus vite que les armées. Et elles durent infiniment plus longtemps.


Je m'appelle Marianne. Je suis née dans la tourmente de la Révolution, les chaînes brisées de la Tyrannie à mes pieds, couronnée du bonnet phrygien symbole éternel de la liberté et j'appartiens à un idéal plus grand que n'importe quelle nation. Dans cette représentation d'amitié entre le pays que l'artiste O Gringo est né et le pays qu'il a adopté, j'émerge du fond noir comme une vérité que l'on ne peut plus ignorer. Mon bonnet explose en rouge sang  ce rouge que l'on a versé pour moi, pour mes idées, pour ce mot gravé dans la pierre de toutes les républiques du monde. La cocarde tricolore que je brandie est déchirée, vivante, imparfaite exactement comme la liberté l'a toujours été, exactement comme elle le sera toujours. Et sur ma robe, dans ces bleus profonds qui traversent les siècles, trois mots que j'ai portés de Paris jusqu'aux confins du monde occidental, trois mots qui ont renversé des trônes, rédigé des constitutions, libéré des peuples entiers : Liberté, Égalité, Fraternité.