Quand le football rencontre l'art : l'histoire de Sonhadores

En tant qu'artiste, il y a des projets qui dépassent largement la création d'une œuvre. Sonhadores fait partie de ceux-là.
Tout a commencé lorsque Paulo Lopo, alors président de la SAD du C.F. Estrela da Amadora, m'a lancé un défi : créer une œuvre capable de représenter à la fois l'identité du club, celle de la ville et les valeurs qui les unissent.
À ce moment-là, je ne venais pas du monde du football. Je connaissais très peu cet univers. Mais j'ai toujours pensé qu'un défi est une opportunité de découvrir un nouveau langage. J'ai donc accepté cette aventure avec curiosité.
Découvrir l'âme de l'Amadora
Avant de commencer à dessiner, j'ai fait ce que je fais toujours : j'ai cherché à comprendre l'histoire.
En découvrant l'Amadora, j'ai rapidement compris que l'inspiration ne se trouvait pas uniquement dans le football, mais dans les habitants de cette ville. Une ville où des personnes venues des quatre coins du monde vivent ensemble, se rencontrent, se respectent et construisent une identité commune.
C'est cette réalité qui m'a profondément marqué.
J'ai alors compris que mon œuvre ne devait pas seulement parler d'un club, mais surtout des femmes, des hommes et des enfants qui donnent une âme à cette ville.
Comme toujours, tout commence par la recherche
Chaque projet que je réalise débute par une phase de recherche historique.
Pour Sonhadores, je suis retourné dans un lieu qui nourrit régulièrement mon travail : le Musée National de l'Azulejo, à Lisbonne.
Depuis plusieurs années, j'y étudie l'histoire de l'azulejo portugais, ses compositions, ses motifs décoratifs et sa manière de raconter des histoires à travers la céramique.
Pour cette œuvre, je me suis inspiré des azulejos historiés des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, non pas pour les reproduire, mais pour les réinterpréter dans un langage contemporain.
Cette approche artistique est également au cœur de mon exposition "Esperança Além do Horizonte", présentée au Musée National de l'Azulejo entre 2022 et 2023.
Pourquoi l'inclusion ?
Très vite, le thème s'est imposé naturellement.
L'Amadora est certainement l'une des villes les plus multiculturelles du Portugal. On y croise chaque jour des personnes de cultures, de religions et d'origines différentes.
Cette diversité n'y est pas une exception.
Elle fait partie de son identité.
J'ai donc choisi de représenter cette richesse humaine à travers une grande fresque en azulejos où les différences deviennent une force.
Mon intention était simple : montrer qu'au sein d'une équipe, comme dans une société, ce sont nos différences qui nous rendent plus forts.
Au fil du projet, une conviction s'est imposée à moi :
Le football est au-dessus de toute idéologie qui ne favorise pas l'union.
Cette phrase est devenue le véritable fil conducteur de Sonhadores.
Une œuvre inaugurée pour les Droits de l'Homme
Le 10 décembre 2023, à l'occasion de la Journée internationale des droits de l'Homme, le C.F. Estrela da Amadora a inauguré Sonhadores sur la façade de la SAD, à côté du Stade José Gomes.
Voir cette œuvre prendre place dans un espace public a été un moment particulièrement fort.
Parce qu'à partir de cet instant, elle ne m'appartenait plus.
Elle appartenait au club, à la ville et à tous ceux qui s'y reconnaissent.

L'art comme langage universel
Cette collaboration m'a rappelé une chose essentielle : l'art peut dialoguer avec tous les univers.
Il peut entrer dans un musée, investir l'espace public, raconter l'histoire d'une ville ou encore accompagner un club de football.
Lorsque l'on part d'une histoire sincère, les frontières entre les disciplines disparaissent.
Aujourd'hui, Sonhadores reste pour moi bien plus qu'une fresque monumentale.
C'est le symbole d'une rencontre entre le patrimoine portugais, l'azulejo, le football et une ville qui a choisi de faire de sa diversité une véritable richesse.
Et c'est précisément ce genre de projet qui me rappelle pourquoi je crée : raconter des histoires qui rassemblent les gens.
